De la route qui me conduit au canal de Nantes a Brest, comme souvent un œil sur la route, l’autre à l’affût des signes de la campagne, comme si cette observation pouvait m’apporter les solutions de la pêche du jour. La végétation herbacée porte encore les stigmates d un long moment passé sous la neige, il reste aussi des amas de neige, poussés par les tractopelles pour déblayer les chemins, quelques résidus de bonhommes de neige, des pentes à l’ombre encore blanche, les vanneaux en sentinelles aux bords des champs, une buse qui les surveille un peu a l’écart… Une petite descente, un ptit coup d’œil dans le rétro, je ralentis pour jeter un œil rapide sur le ruisseau qui m’indiquera la tendance… La rivière est très haute, elle déborde même un peu plus bas dans les prés, l’eau semble épaisse, d’une couleur inhabituelle elle s’écoule plus doucement sans vie, comme si elle s’accrochait aux rives… C’est donc ça de l’eau de neige ? Le canal va être impêchable ! Je décide de m’arrêter sur la route au bord du petit étang de Corlay, étang proche du bourg, utilisé le matin par de courageux joggers et autres promeneurs de chien, l’eau est trouble, il reste une petite partie de l’étang gelée… Le soleil se lève, j’attaque par la rive exposée au soleil, la nature semble se réveiller après cette longue période de neige, les mulots jouent à cache cache et trahissent leur présence en faisant tressauter les brins d’herbe dans les grandes touffes de graminées qui bordent l’eau, j’arrive même à les entendre ronger les brins d’ herbe… Deux heures de pêche et pas une attaque… je papote avec l’habitué du lieu qui surveille de sa voiture ses 3 flotteurs, un mégot au coin du bec, on cause de la neige, qu’on avait pas vu ça depuis… On parle de pêche bien sûr, je vois qu’il observe ma canne et « ma mouche » du coin de l’ œil… Il me fait d’ailleurs remarquer : « c’ est pas vraiment une mouche ça ? » « Non, on appelle ça une mouche, mais c’est davantage un leurre, comme une cuillère, mais ça permet de pêcher plus doucement, par ce temps… » et bla bla bla et bla bla. Je regrette presque de ne plus fumer, quelques années avant, je lui aurais offert une cigarette, comme une sorte de marque de respect ou de complicité, entre personne qui partage les mêmes choses, j’vais quand même pas lui proposer un chewing gum !? Après le traditionnel « on va quand même essayer, on est mieux là qu’au bistrot » j’entends répondre « avec des eaux de fonte de neige, ça tiens du miracle d’ en prendre un »… Le miracle… c’est 2 lancers après, une grosse touche, un ferrage pas bien appuyé, mais il est au bout quand même… juste le temps de le voir, un beau brochet de plus de 70cm… et il se décroche. Les bras du papi retombent… Il a l’air encore plus déçu que moi, et me lance, « celui là il faisait largement la taille ». Le 2eme miracle, arrive 1h après, sur l’heure du repas dominical, suis seul au bord de l’eau, la touche n’est pas très franche, par contre le ferrage beaucoup plus… Un petit brochet d’environ 55cm, qui pour sa taille se défend bien et saute généreusement. Il y a des jours où même les plus modestes poissons vous rendent heureux, des miracles qui font 55cm… D’autre jour, j’aurais repris la pêche avec enthousiasme, galvanisé par cette prise, mais aujourd’hui, ce brochet suffit à mon bonheur de pêche, je décroche mon téléphone… Allô … Je rentre …