l’Ami américain

16 juin 2007

19 - Corrèze

Etang

christophe douziech

Sous des averses quasi-continuelles, un dimanche à ratisser les franges rivulaires de carex et les massifs de potamots de l’étang. La prospection se fait à la rame; il faut se rapprocher le plus dicrètement possible et poser sous les branches à ras des berges ou bien dans les trouées des plantes aquatiques. Exercices diffiiciles, source de bien des décrochages périlleux dans les feuillages ruinant certains postes pour un bon moment. Car ils surgissent de leurs couverts, ces grandes gueules curieuses, de leurs demeures de branchages, du toit protecteur des nénuphars à la chute du leurre. L’atmosphère ne les rend pourtant pas électriques, loin s’en faut. Au poser bruyant du bouchon aux pattes vibratiles censé être un batracien échappé d’une forêt pluviale, le goulu s’approche et reste à proximité sans fondre sur la proie vulnérable. La bête invisible devait se trouver tout près; un frémissement de la grenouille et c’est l’attaque sonore; l’instant précieux de cette pêche. L’imprévu s’y ajoute comme lors d’un dêmelage laborieux de soie où, la grenouille immobile, sage depuis quelques dizaines de secondes, disparaît sans signe annonciateur, happée par le curieux de l’étage inférieur. Parfois, le responsable se laisse saisir… Changement de technique et de niveau: la pseudo-larve de libellule à franges s’ouvre et se rétracte mais subitement, sans la moindre sensation tactile, elle semble gommée de l’écran ou bien change brusquement de trajectoire! Un paradoxe de cette journée humide. Une autre espèce, le rotengle, tout aussi opportuniste dans sa recherche de proies, apportera un peu de variété dans les prises. Lors d’une pause, les têtes orangées des girolles émergeant des mousses participeront à la fête visuelle. La pluie s’arrête, je dois rentrer maintenant…

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