La lecture de l’article présentant le Moulin de Gémages paru dans « Pêches sportives » de septembre avait éveillé notre curiosité ( la mienne et celle de mon épouse à qui je l’avais fait lire, dans un but …légèrement intéressé…) et les commentaires de l’auteur relatifs à l’accueil laissaient entrevoir l’espoir d’un séjour agréable sur ce parcours… Il fallait bien cela pour vaincre mes réticences à l’encontre de la pêche en réservoir, moi qui n’avais encore jamais lancé mes mouches sur un plan d’eau, et encore moins un streamer dans un réservoir ; enfin l’intérêt de ma fille s’ajoutant à celui de mon épouse finirent par emporter mes dernières hésitations et la décision fut prise de concert : nous irions passer deux jours au Moulin de Gémages au début des vacances de Toussaint. Arrivés dans la soirée de dimanche, nous sommes accueillis par la maîtresse des lieux qui nous présente le moulin : nous serons logés dans la chambre « Danica » ; la photo parue dans « Pêches Sportives » est l’exact reflet de la réalité, avec, de surcroît, les détails qui témoignent du souci de créer une ambiance recherchée : quelques fleurs, des bonbons, quelques beaux livres (Les Fleurs du Mal : bien vu !) … Une douche et il est temps de s’installer à la table d’hôtes – située au premier étage du bâtiment principal, le moulin proprement dit – où nous aurons l’occasion de voir s’exprimer les talents culinaires de la maîtresse de maison, épaulée par Nicolas son jovial époux, pour le service en salle. Lundi matin, pêche…Je n’ose pas tout de suite m’aventurer sur les différents plans d’eau qui constituent la partie essentielle du domaine ; j’ai repéré quelques gobages sur « le vannage », un trou d’une vingtaine de m² entouré d’arbres et de buissons, au pied d’une petite chute d’eau et je commence par m’intéresser à ces poissons . Ces dames sont particulièrement méfiantes, elles prennent de petites mouches dans la pellicule et ne cessent de tourner dans le peu d’espace disponible ; les lancers sont délicats, mais quatre d’entre elles voudront bien succomber à mes « culs de canard »; je poursuis sur « le bief », étroit canal d’amenée des eaux au moulin et je parviens encore à tromper quatre farios, avant l’heure du repas pêcheur préparé par Annie et pris dans le lodge. Il est temps maintenant de tenter de me mesurer avec les poissons des multiples réservoirs. Conseillé par Ivan sur le choix du matériel et les streamers à utiliser, quelque peu rassuré par la faible fréquentation (il y aura ainsi peu de témoins de ma maladresse !) je circule entre les différents plans d’eau en lançant laborieusement un streamer – blanc le plus souvent mais parfois jaune ou noir – qui retombe rarement au point visé, mais les choses s’améliorent un peu avec le temps. En ramenant mon streamer à l’inspiration, par longues tirées ou par saccades, je surprends et suis surpris par quelques arcs qui se battent furieusement en sautant hors de l’eau… agréables sensations ! Retour au « vannage » pour le coup du soir, prendre une paire de farios en sèche et décrocher sous les yeux d’Ivan un « monstre » que je n’aurais sans doute pas pu maîtriser dans un si petit espace… Table d’hôtes le soir (Ah, le coq au vin…) et une bonne nuit à « Danica »… Mardi matin. Huit heures. J’écarte le rideau de la fenêtre…Les saules et les peupliers se tordent dans le vent… Pourtant, pas question de renoncer, j’irai à la pêche malgré tout. Avant même le petit déjeuner, petite visite au vannage, histoire de voir si la très grosse d’hier aurait oublié sa piqûre de la veille ? On peut toujours espérer, mais comme pour les sangliers, je crois qu’il n’y a pas de gros poisson stupide… Seules deux farios de 30cm se laisseront berner. En route pour les réservoirs… Quelques zones infimes sont relativement abritées, je les exploite au maximum ; ailleurs, je m’épuise à fouetter dans une presque tempête ; le streamer refuse parfois de redescendre, parfois une bourrasque le plaque brusquement à deux mètres au bout de la canne, en tous cas je fais très attention à ne pas orner mon oreille droite d’un piercing non désiré ! Je m’accroche, au propre comme au figuré, mais j’aurai la bonne surprise de capturer quelques arcs, saumons de fontaine, farios et surtout une étonnante « aqua bonita » jaune et orange… Bilan : pour la pêche en réservoir, je suis parfaitement conscient qu’il me reste beaucoup à apprendre pour lancer et faire travailler un streamer, discerner les postes et choisir un leurre et une technique efficace; aucun doute qu’un pêcheur de réservoir expérimenté aurait capturé infiniment plus de poissons que moi (une bonne quinzaine en deux jours sur les réservoirs). Cependant, malgré mon inexpérience totale dans ce domaine, j’ai passé un excellent moment sur le parcours du moulin de Gémages. J’ai été désorienté par l’opacité de ces eaux dormantes, fréquemment agitées cependant par les marsouinages des poissons en chasse. Les propriétaires se sont montrés très attentionnés pour nous recevoir et nous faire connaître et apprécier leur région, mais aussi pour me faire bénéficier de conseils efficaces pour m’aider dans ma découverte du réservoir. Ivan prend grand soin de ses poissons, explique leur comportement, comment il s’y prend pour les sélectionner et les maintenir en forme, entretenir son parcours et il n’a pas rechigné à me donner les conseils qui m’ont permis de ne pas être totalement « sec » … En conclusion, je vais laisser mûrir toutes ces questions, relire mes anciennes revues traitant de pêche en réservoir, monter de nouveaux streamers, plus grands et plus petits, plus lourds et plus légers, plus colorés… et je retournerai sans doute à Gémages avec cette fois l’espoir de tenir une vraie grosse !!!!