GRÖENLAND : Fabuleux, quand même! Mis en appétit par un article paru en mars dans un magazine de pêche à la mouche bien connu, j’avais résolu d’aller moi-même sur place prendre contact avec les fameux ombles arctiques. Aussitôt, achat des billets d’avion, réservation du séjour auprès de l’organisateur, des chambres d’hôtel à l’escale de Reykjavik pour la seconde quinzaine de juillet… et trois mois d’attente et d’espoir à monter fébrilement quelques centaines de mouches, nymphes et streamers miracles pour l’occasion. Mardi 14 & mercredi 15/07 : Voyage parfait, arrivée à Narsarsuaq sous un soleil éclatant qui ne se cachera pas pendant tout le séjour, magnifiques icebergs étincelants sur les fjords bleu marine : tout s’annonce sous les meilleurs auspices. Traversée du fjord pour Qassiarsuk en vedette et installation dans notre premier logement. Aller à pied jeter un coup d’œil à la première rivière que je pêcherai demain : la « Paratiisip Kuua » de Qorlortoq ; visite rapide, six mètres de large, 30cm de profondeur eau limpide…retour rapide vers la base, 1h45 de marche comme à l’aller. Le lendemain, sac au dos de 8 kg, waders, chaussures, 2 cannes, 2 moulinets, polaire, veste etc… et près de 2h de marche avant de commencer à pêcher le bas de la rivière en sèche (palmer tricolore) : pas un gobage, rien ne bouge pendant une heure. Je remonte pour atteindre un « profond » de 60cm…Une petite dizaine de poissons de 40cm à la queue leu leu : grisâtres à marbrures blanches, l’avant des nageoires est blanchâtre ??? Je lance, en sèche…rien ne bouge, changements de mouche, rien. Nymphe casque d’or : rien ; plus grosse, plus petite, bille orange, noire, argent : rien, pas un mouvement. Streamer : toutes les couleurs et toutes les tailles y passent…Poser la nymphe ou le streamer contre le nez du poisson et le faire sautiller sur place dans l’espoir de l’énerver… Il s’écarte dédaigneusement. Je remonte d’une vingtaine de mètres au pied d’une magnifique cascade, mêmes constatations, mêmes échecs, sur l’après midi je parviens à prendre une vingtaine de petits ombles dont le plus grand dépasse à peine les 20 cm… Retour dépité, encore plus lourdement chargé (waders et chaussures mouillés), tout ira mieux demain puisque je vais au fond du fjord pêcher la Qinga ! Jeudi 16/07 : Objectif rivière Quinga, au fond de Erikfjord, « la rivière aux plus gros poissons »… Peu avant l’heure convenue, coup de téléphone de Jacky, notre organisateur : « un trop violent vent d’est empêche le transfert en vedette, un 4×4 va vous y conduire » : 45 mn de piste à tracteurs et me voici à pied d’œuvre. La Quinga est une puissante rivière aux eaux laiteuses qui se déverse dans le fjord par un delta à plusieurs bras dont les plus importants ne peuvent pas être traversés en waders. Inutile d’attaquer en sèche dans ce fleuve de lait au fort courant où je n’aperçois pas le moindre gobage… Passons directement au streamer : six poissons sur toute la journée, le plus grand d’entre eux mesure à peine plus de 25 cm ; toutes les couleurs, tous les lestages, toutes les tailles ont été essayées, soie flottante ou plongeante, nymphes de toutes espèces, amont, aval, travers plus ou moins prononcé, j’ai lutté toute la journée pour composer avec le vent qui n’a jamais cessé pour un bien maigre résultat ! Vendredi 16 & samedi 17/07 : Transfert vers Qaqortoq et repérage au lac de Qaqortoq. Le vent est encore plus violent qu’hier, le ciel toujours aussi bleu. Je n’ai même pas sorti la canne cet après midi-là, je verrai demain. Samedi matin : pas le moindre souffle de vent, pas une ride sur le lac, l’eau est parfaitement transparente, on verrait une épinoche gober un caenis à cent mètres, mais rien ne bouge…Tant pis je monte un palmer tricolore en 16 que je lance aussi loin que je peux : parfaitement incongru sur cette étendue miroitante, il restera en place sans être attaqué, même quand je le tirerai pour lui donner un peu de vie. Changements de mouche multiples, mais il semblerait que mes lancers aient mis l’air en mouvement, « le vent se lève », comme hier ! Passage au streamer sur soie flottante, changements multiples, soie plongeante et nouveaux changements de streamer, nymphes, noyées…Pas une seule tape, pas une seule tirée, pas un mouvement, pas un éclair, rien… Dimanche 18 & lundi 19/07 : Transfert à Igaliku et visite de repérage au « Lac 90 » après une longue marche en longeant la rivière. Plusieurs pêcheurs à la cuiller sont en action sur le lac et la rivière aux eaux parfaitement transparentes, le vent est encore puissant et souffle alternativement dans toutes les directions sous un ciel toujours aussi bleu. Impossible de lancer une mouche légère dans de telles conditions, j’essaie cependant avec toutes sortes de streamers, soie flottante ou plongeante, en vain. En redescendant vers notre base, je fais quelques tentatives dans la rivière sans plus de succès : je me demande si j’irai pêcher demain ? Lundi : randonnée vers le glacier et finalement j’emporte ma canne afin de ne rien regretter. Au retour je repasse par le « Lac 90 » où mes tentatives seront aussi infructueuses que la veille, même résultat dans la rivière et y compris dans l’estuaire sur Igaliku Fjord…Mais où sont donc ces fameux « arctic charr » ??? Mardi 20/07 : Montée vers Itilleq pour admirer les icebergs. Le ciel est toujours aussi bleu, le vent a un peu faibli ; sans grand espoir j’ai emporté ma canne, mais laissé waders et chaussures. En redescendant je passe par le lac de Tassipkitaa qui n’a pas de communication avec la mer. L’eau est parfaitement transparente et ne fait guère plus de 70 cm de profondeur : aucune activité de surface, pas de mouvement sous l’eau, mais « bonne surprise », je prends 3 petits ombles… en plus de deux heures de pêche ! Mercredi 21 & jeudi 22/07 : Transfert à Narsarsuaq en vue du prochain retour. Aucun nuage dans le ciel. Repérage de la rivière de Narsarsuaq, la Kuusuaq ; les eaux sont de la même couleur laiteuse que celles de la Quinga, mais elle ne se divise pas en plusieurs bras et coule majestueusement dans une large vallée aux berges couvertes de fleurs multicolores. C’est la rivière de ma dernière chance de me confronter aux ombles arctiques : demain je prendrai donc le sac avec l’équipement complet… Jeudi : face à la Kuusuaq, dans un virage, superbes courants profonds, amortis, mais aucune activité de surface ne m’incite à monter une sèche. Nymphes, noyées, streamers, soie flottante puis plongeante et toutes les combinaisons possibles, en travers, en amont, en aval, changement de poste…rien de rien. Plus tard, je remonte dans un minuscule affluent de 50cm de large où j’aperçois les mêmes poissons gris marbrés que le premier jour dans « Paratiisip Kuua » : ils auront le même comportement et demeureront « de marbre » devant toutes mes mouches, nymphes et autres streamers !!! Bilan : Encore heureux qu’il ait fait très beau pendant ces dix jours, ce qui nous a permis de profiter au maximum des paysages fabuleux du Groenland. Je n’ose imaginer quelle aurait été ma déception si nous avions eu le même temps bouché, gris et froid que le jour de notre départ ! L’organisation de notre séjour a été parfaite ; l’opérateur, français résidant au Groenland, gère parfaitement les hébergements, transferts, transports de bagages et à-cotés matériels, mais nous restons toujours à la merci des humeurs migratoires des poissons !