Imprudence

10 août 2013

09 - Ariège

cérou

La belle rivière de Ribérot déjà évoquée ici il y a quelques jours prend sa source vers le mont Valier, entre autres au déversoir de deux jolis lacs, l'étang Rond et au dessus l'étang Long. La balade est belle, de grandes cascades jalonnent le parcours ; il y a un peu de main-courante câblée pour aider au franchissement de certains passages, mais des dizaines de personnes passent là tous les jours en ce moment et c'est plutôt amusant que dangereux quand on s'y trouve. 1000m de dénivelée pour le premier lac, 200m de rampaillou de plus pour celui d'en haut, cela nous mène à plus de 5h de marche effective quand on est chargé pour deux nuits de bivouac. Vestiges de ce très rude hiver, de grandes plaques de banquise dérivent à la surface du lac supérieur, de nombreux névés plongent depuis les falaises, et cela à moins de 2200m d'altitude Ce que ça doit être sur d'autres lacs visités habituellement qui se situent autour de la côte 2400 ! Jusque là tout va bien Pour pêcher et trouver un coin où il sera possible d'étirer un peu de soie, nous empruntons le sentier qui part rive gauche, aux marques rouge et blanche d'un GR. Normalement ce type de chemin est sans danger, nous n'avons que la canne à la main, et un sac pour trois, fort heureusement. Le sentier se transforme vite en corniche terreuse taillée à flanc d'une berge haute, une paroi quasiment verticale où ne poussent pas même les rhodos, seul un peu de gispet qui n'offre aucune prise. Le câble de la via ferrata est rompu par endroits, il y a même un piton descellé. On s'est engagé, on continue, le bout du lac est trop tentant Ce n'est qu'en voyant qu'il manque encore plusieurs mètres de longe devant nous que je réalise vraiment la situation dans laquelle je nous ai engagés : presque à 10m au dessus d'une eau glacée, d'un bleu dense et figé qui évoque un fond très important, juste la place de poser les pieds, sans assurance J'ai des sueurs froides : ne pas regarder en bas, se concentrer sur la bande de terre et sur les quelques prises rocheuses qui se présentent sous la main, et revenir parce qu'il le faut de toutes façons. C'est passé, cette fois-ci. Ca aurait pu ne pas passer Il restera à redescendre au premier lac, prendre d'en haut le sentier difficile qui était à l'aller d'un abord simple lorsqu'on avait encore le nez sur le rocher. L'explication, je l'ai eue plus tard : une nouvelle liaison a été créée entre Montgarri en Espagne et le refuge des Estagnous sous le Valier, et ce qui était un chemin « à vos risques et périls » est devenu GR avec l'aménagement du passage en via ferrata. Oui, mais quand les chutes de pierre ont rompu jusqu'au câble gros comme le pouce, la donne n'est pas la même, et rien ne signale précisément au départ qu'il y a ce type de problème à des heures de marche de là. Et la pêche ? Un lac aux berges abruptes, avec une seule zone sans grand fonds, des névés presque partout je n'aime pas trop ça ! Quelques groupes de saumons de fontaine circulent, ceux qui croisent tout près de la surface se laissent aisément tenter par la mouche sèche qui tombe à proximité. Cette opportunité est rare : ils sont plutôt cantonnés sous deux à trois mètres d'eau et insensibles à ce qui se passe au-dessus. C'est alors que j'essaie l'une des nymphes lestées données cet hiver par l'ami Jean-Marc, quand il était coincé à la maison par une saleté de truc à la hanche Ah ! vieillerie ! Mais tant mieux pour moi car les ombles se jettent sur le petit leurre. Un, ça ploque, deux, descente suggestive jusqu'au bon étage, trois, tirée remontante et l'effet groupe joue à plein sur les voraces L'eau est transparente, on voit tout ce qui se joue même assez loin devant la canne : un régal. Facile, mais un régal quand même. Que dire de la suite ? Vous savez dans quelles conditions s'est déroulé le retour Un conseil à ceux qui veulent se lancer dans la pêche en montagne : on a beau avoir des heures de crapahut comme d'autres ont des heures de vol, on peut arriver à se mettre en danger pour aller juste un peu plus loin, atteindre une berge prometteuse ou franchir un col vers un nouveau vallon. Un peu plus, un peu plus loin, un peu trop loin.

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