Only one

8 novembre 2006

19 - Corrèze

Etang de Meyrignac

christophe douziech

Voilà l’étang au début de l’après-midi de cet automne si doux, si calme; pas un souffle d’air, pas même une libellule en vol, une étendue que je pourrai croire figée. Je monte mon bas de ligne amoureusement modifié le matin même, une belle crinelle neuve qui ne tirebouchonne pas encore et cette « mouche » tout en lapin orange avec quelques tours de selle jaune en tête. Je prospecte en éventail devant moi puis un peu plus loin. Sur un blocage, je tends l’appareillage mais c’est de l’inerte et qui ne cède pas… Pas question de remplir le waders pour récupérer le streamer. Ce dernier reste croché à sa souche, bizarre comme certaines mouches qu’on soigne un peu ne durent que quelques lancers… Misère… Le crin d’acier est lui aussi resté dans le bois ou la pierre… Changeons le bas de ligne et pourquoi pas, de soie. Ue soie très plongeante avec une grosse mouche nichons toute emplumée. Deux heures se passent à lancer et à alterner tirées , pauses, tirettes et hormis des débris vaseux qui alourdissent les sensations, pas de touche… Je suis la berge encore au soleil, déjà bien bas, et j’aborde une baie mince en profondeur. Des perches calico s’enfuient, petits remous, alors que je me rapproche de l’eau. Même en s’appliquant à faire des pas de chat sur la tourbe spongieuse, elles me détectent. Je remonte une soie flottante et une mouche plus longue et moins lourde. La baie s’offre à mes lancers fatigués et je m’amuse à suivre la nage du grand streamer orange et jaune. Un gros remous au large puis un autre, bruyant avec de grosses bulles derrière. Je lance plusieurs fois dans les parages tout en pestant contre les emmêlages de boucles de soie qui viennent se bloquer dans l’anneau de départ et font retomber le beau lancer appliqué en clafoutis raté. Je réussis le lancer suivant et sur une reprise, c’est le blocage vivant. Je ne me souviens pas si j’ai ferré car la soie s’échappait plutôt à vive allure ! Elle a même failli sortir toute entière sur ce premier départ. Devant les réactions si brusques du client, je pense avoir accroché à la déloyale, par la queue ou par une nageoires, une des carpes cuir entrevues à mi-eau quelques heures auparavant. Mais non, ç’est un Big Nasty, j’ai vu une nageoire barrée d’orange, j’en suis sûr. Belle lutte puissante, le poisson sonde vers le profond à trois reprises avec toute la soie ramenée avec effort filant entre les doigts qui tentent de freiner un tantinet, la canne accuse une belle courbure. Je l’échoue dans les herbettes, il ne bouge plus. Saisir sa queue en le serrant bien pour pouvoir l’admirer. Une belle femelle; je suis sur un nuage , c’est le plus beau brochet au fouet que j’ai capturé. Je pense aux pages pleines d’émotion de Jean-Paul Péquegnot tout en mesurant l’animal. 1,04 m; elle est pas belle la vie ! Le brochet reprend ses esprits , je l’emmène vers le large pour le relâcher. Le soleil va disparaître derrière la forêt, je démonte la canne avec le rire intérieur…

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