Alors voilà, je suis là à peiner dans la pente raide, à plus de 2000 m, en pleine semaine ! Les lacs sont plus haut encore, mais quel bonheur… Les filles -je travaille entouré de filles, plaignez moi- avaient dit qu’il faudrait sûrement reporter la réunion de ce matin, et comme j’avais déjà l’après-midi libre, vous voyez bien ce que j’envisageai immédiatement : faire la fermeture en semaine ! Un coup d’oeil sur le site météo me convainc d’aller dans leur sens : on rattrapera ça plus tard, vous avez certainement des trucs à faire en ville ! Confirmation météo montagne par téléphon e: la voix rigolote du monsieur de St Girons m’affirme qu’il fera beau, mais froid. Donc je suis là… pour faire beau, il fait beau ; et pour faire froid… Là où le soleil arrive, le gispet fume… à l’ombre, ce sont toutes les gouttes de rosée qui ont formé des perles de glace, chaque myrtille s’embellit d’un cabochon irisé. Tant que je marche, ça va, il fait même plutôt chaud. Les lacs sont beaux mais c’est le calme plat. A part quelques truitelles qui moucheronnent pour m’accueillir, rien. Si le vent ne se lève pas, si la surface ne se ride pas, poser une mouche va devenir désespérant. Et puis, avec ce froid, question insectes… Heureusement, vers midi, une petite brise vient se couler sur l’eau, quelques gobages surviennent… Je pêche les bordures d’éboulis, entre les blocs, ou alors le bleu au droit d’une falaise. Les belles ne sont pas là, peut-être celle-ci dont la montée bruyante fait illusion mais qui ne mesure que 25 cm. Le temps passe quand même très vite, le froid mord toujours alors que le soleil s’est voilé. Il faut rentrer, garder un peu de marge pour une descente tranquille. Depuis le rebord du plateau, je vois le fond de vallée qui se garnit déjà d’un halo bleu-mauve, quelque chose dans la lumière a changé, et c’est à cet instant que je sais qu’un été vient de s’achever.