Le travail me pèse en ce mois de pont et de viaduc, surtout à l'instant où je me rends compte que ma scie circulaire est la seule à chanter sur le chantier.
Il me tarde, ma sœur m'attend là-haut en Bretagne avec des amis et si la soirée n'est pas trop… bretonne… je partirai le lendemain matin de bonne heure à la pêche. La soirée fût très sympa et pourtant le soleil me réveilla à 8h30, le store ouvert aidant. Clic, café qui coule, toilette rapide, je suis parti.
La rivière n'a pas changé, elle est toujours aussi belle mais pour me gâcher le plaisir d'être le premier homme de la terre ce jour-ci auprès de la rivière… un photographe qui fait de la macro sur une libellule dans la rosée du matin !
« Bonjour, je suis curieux mais que faites-vous ? » lui dis-je.
« Bonjour, je fais de la macro sur une libellule. »
« Je te connais. Tu n'étais pas à tel collège ? »
« Oui, tu dois peut-être connaître Pierre ? »
« Oui, il me dit quelque chose. »
Un silence s'installe.
Je ne suis pourtant pas sorti avec sa sœur ! Tant pis, je lui dis « Bonne continuation et Au revoir »… Je ne voudrai pas le gêner.
Je me mets en place plus haut, à un endroit que j'aime beaucoup pour sa petite plage de gravier fin. La rivière charrie une petite brume en surface du plus bel effet pour une scène de lendemain de champs de bataille mais pas pour la pêche.
Ca y est, je crois savoir qui il est. C'est le premier de la classe, mon esprit transperce la brume matinale, il est clair que je ne suis pas sorti avec sa sœur mais qu'il est probable que je lui ai promis de m'occuper de lui à la récré.
Je pars à sa rencontre pour lui montrer que je ne garde que les bons souvenirs mais il n'est plus là, dommage !
Je profite du lieu pour flâner, contempler ce qui m'entoure mais surtout pour laisser le soleil grimper un peu pour que la truite que j'au vu gober une fois se mette bien en place pour 10h.
De retour sur la plage, la truite est bien là en place en amont d'un tas de pierres qui joue bien son rôle de poste. Le poisson est en confiance, juste ne pas faire du rolling stone en avançant vers lui. Les ronds de la bête sont bien gras, ça laisse rêveur.
Je pose, gobage goulu, combat un peu lourd au fond suivi de 2 chandelles, quelle patate !
Je devine le poisson pas bien grand mais une fois dans l'épuisette, je suis étonné par le bide de cette dernière, d'environ 25 cm et plus.
Les autres poissons de la journée jusqu'au coup du soir passé entre amis, auront les mêmes gobages et le même physique. L'explication aura lieu le soir, il y avait des ephemeras danica partout. On aurait dit des papillons couleur crème qui volaient par dizaines.
Dommage que le premier de la classe n'était pas là pour les photographier !
Cette sortie était aussi un évènement que j'attendais depuis longtemps, pêcher des truites bretonnes bien nerveuses avec l'ultra douce de la Maison Jacky Boileau. D'ailleurs, celle-ci séduisit aussi mon couple d'amis.
En rentrant sur le chemin qui longe la rivière, André s'attaqua à une dernière truite dans la pénombre du soir. Nous le regardons, sa femme et moi, contemplatifs du bord, attrapé cette dernière qui elle aussi est pressée de retrouver son élément.
Nous rentrons nous changer aux voitures, et boire une bière en guise de pot de l'amitié tout en refaisant le monde au milieu des trolls et autres korrigans moqueurs.
Je rentre, la journée fut longue… je suis claqué.