Dans la vie, il y a parfois des questions (existentielles ou non) sur lesquelles on bute, on bloque. On cherche, on réfléchit, on teste, mais la solution ne vient pas, sans qu’on comprenne vraiment pourquoi, sans qu’on puisse mettre le doigt sur le cœur du problème. Puis, la vie vous amène une rencontre, au détour de laquelle, une phrase, un conseil change la donne… et tout à coup, vous voyez les choses plus clairement. Il semble qu’il en aille de même pour la pêche à la mouche… A l’invitation d’Alain, j’étais parti pour le we faire la connaissance de la Sorgue, célèbre et splendide rivière, mais difficile. Je me réjouissais à l’avance de cette occasion de souffler et de 2 jours complets de pêche : pêcher une belle rivière, en compagnie d’un bon pêcheur que j’apprécie particulièrement. Un programme rêvé. Mais après les fessées infligées par les truites de la BRA ces derniers temps, j’y allais plein de doutes, avec la confiance en bas des chaussettes. Je n’étais sûr que d’une chose : avec Alain, j’allais me marrer. Je n’étais pas descendu pour une leçon de pêche, mais Alain s’était visiblement mis en tête que je n’aurais pas fait les 300 km pour rien, qu’il m’apprendrait comment pêcher les ombres en NAV. Il passa donc la plus grande partie du samedi derrière moi, à commenter chacune de mes dérives, à distiller les conseils, à guider ma main… Pêchant peu lui-même, surtout pour illustrer ses propos. Il « picora » quand même ci et là un grand nombre de ces superbes Thymallus du sud. C’est pour moi un plaisir tout particulier d’observer un bon pêcheur à l’œuvre. Je reste fasciné par la maîtrise, la sérénité et l’apparente facilité. Et je me plais à rêver d’atteindre ça un jour… Dès le début, les conseils portèrent un peu leurs fruits et j’arrivais à convaincre quelques petits. Mais les poissons plus sérieux, eux me résistaient. J’arrivais à en faire bouger quelques uns, mais je ne les piquais jamais : ils allaient trop vite, ils étaient trop vifs. Je ne maîtrisais pas assez ma dérive pour savoir quand ils allaient prendre. Alain me « tuait » en passant derrière et en les convaincant sans trop de problèmes… et bien sûr en me vannant comme à son habitude « ah il était pourtant gentil celui-là Christophe… comment tu as fait pour le manquer ? » J’enrageais un peu de ces ratés, mais à midi j’étais loin de la bredouille et donc déjà content. Le repas fut des plus agréables, au fil de l’eau de la Sorgue, des discussions en tous genres et des «marrades » dont Alain a le secret. L’après midi, il me fit découvrir un autre secteur. C’est là que la « vieille main » porta ses efforts pour me faire comprendre; restant collé à moi un long moment, m’abreuvant de dizaines de conseils avisés. Pendant un moment qui me paru très long, je ne semblais pas capable de les appliquer. Puis nous arrivâmes derrière un bel ombre, posté sur le sable, en plein milieu de la rivière. Il était loin en amont de nous et Alain m’interdit formellement de m’approcher. Il voulait que je le fasse de loin. Vanneur comme a son habitude, il me mit la pression : «Regarde-le, il n’arrête pas de nympher. Il est beau et il est immanquable. Tu ne peux pas le rater, t’as pas le droit … ». Les premiers lancers furent hésitants et puis au détour d’une bonne dérive l’ombre se décala et mon ferrage fut opportun. Pendu, ramené. Un beau poisson. Le « c’est un beau coup de ligne ! » que me lança Alain rajouta à ma joie. La confiance monta un peu. Alain commença à passer un peu plus de temps à pêcher et je me régalais à observer ses gestes, ses dérives, le comportement des poissons attaqués… Je prenais plaisir à observer et j’apprenais un peu à chacune de ses dérives. Alors qu’il s’attardait sur un poisson plus tatillon (mais finalement pris quand même), je montais un peu pour attaquer un bel ombre en plein courant. Je butais un moment, puis j’entendis fuser un conseil un peu en aval derrière moi… Je l’appliquais de suite. Et là, tout changea soudainement. L’ombre vint et clac, pendu. Une belle prise. Tout changea car, tout à coup, ma sensation de pêche changea. Je sentais mieux ma dérive, je la maîtrisais mieux, je sentais si elle était bonne ou non. Je comprenais donc pourquoi le poisson bougeait ou non. J’arrivais mieux à anticiper ses réactions et donc je ne ratais plus mes ferrages. Le conseil lancé répondit exactement à la question que je n’arrivais pas à résoudre. Un peu plus haut, seul, sans conseil, je pris un autre bel ombre. Alain s’approcha et me dit « Voilà maintenant que tu es autonome, on va pouvoir commencer à pêcher ». A partir de là, l’expression préférée d’Alain (quand il parle de pêche) prit tout son sens : « Bim Bam Boum ! ». Chacun d’ un côté de la rivière nous attaquions les poissons et Bim Bam Boum, nous enchaînions les prises, sous les yeux admiratifs des riverains prenant l’apéro. Alain en faisait plus que moi bien sûr. Mais, la moyenne de mes prises augmenta. Les poissons ramenés étaient plus nombreux et plus gros. Je touchai un beau d’environ 40, mais je ne maitrisai pas la bagarre, il se tapa le nez au fond et fini par me casser. Signe que j’ai encore beaucoup à apprendre… Nous montâmes encore amont et sur certains secteurs, Bim bam boum !… les prises s’enchaînèrent à un bon rythme. Quel plaisir, quelle éclate ! Bim Bam Boum !… J’avais l’impression de découvrir un nouveau monde : celui des pêcheurs qui prennent du poisson … Celui où « Bim Bam boum ! » veut dire quelque chose… Les vannes et réflexions fusaient… la rivière superbe, les prises et la rigolade en plus… quel panard ! Bim Bam Boum ! En partant du secteur vers 17h30, le bilan était inespéré pour moi. Alain, lui avait pris encore plus d’ombres. Je ne pensais pas possible de faire autant de poissons. Et dire qu’il n’avait pêché qu’un peu, s’occupant sans cesse du touriste venu du nord… Le soir venu nous allâmes sur un autre spot. Une éclosion massive de mouches de mai se produisit, sans transition les sedges se mirent à voler en tous sens. Mais les ronds furent très rares. Alain toucha quand même une jolie truite qui se décrocha… la canne avait pourtant plié fort, promettant une zébrée de belle taille… Mais pas de bim bam boum cette fois-ci. Dommage ! Au dîner, en repensant à la journée je ne pouvais qu’être heureux. J’avais pris en un jour autant de poissons que toute la saison dernière. Et certains coups de ligne m’avaient fait frissonner de plaisir. Ces 3 ou 4 là, je le sais, resteront longtemps gravés dans ma mémoire. J’avais une sensation de fierté et de sérénité toute nouvelle. Je revoyais quelques unes de mes prises et je ressentais pour une fois cette satisfaction trop rare de pouvoir se dire « j’ai bien pêché sur ce coup ! ». La soirée fût à la hauteur de la journée : excellente. Les discussions portèrent sur la pêche bien sûr. Nous fêtâmes cette excellente journée comme il se doit. Et nous dûment donc renoncer au coup du lever du jour le dimanche. Les conditions furent moins bonnes en ce second jour: la visibilité était moyenne et les spots avec beaucoup d’eau et de courant rendaient les poissons invisibles… et puis nous étions fatigués d’avoir si bien fêté le samedi. Alain prit tranquillement quelques beaux poissons qui m’avaient résisté. Puis nous aperçûmes un beau gros pépère calé au fond de la colonne d’eau dans beaucoup gaz. Nous enchaînâmes l’un et l’autre les dérives infructueuses. Puis, lors d’un passage, je le vis frémir. Intéressé ? J’ajustai donc le lancer et m’appliquai sur le passage de nymphe … Le poisson était dur à distinguer, mais je le vis clairement lever sa grosse tête à une vitesse incroyable… ferrage, suivi d’une agréable et surprenante sensation de lourdeur. L’ombre se cabra plusieurs fois (comme j’aime tant les voir faire), son ventre brilla. Bim Bam Boum !!! Pendu ! Je ne fis par l’erreur de la veille de le laisser prendre ses aises. Il prit le courant, mais finalement Alain le prit dans son épuisette. « Un bon gros pépère » dit-il. Il affichait un grand sourire, sans doute content de voir que ses conseils avaient porté leurs fruits. J’imagine que le mien devait être encore plus grand, heureux que j’étais … Quelques clichés rapides… Alain l’estima à 45, je ne pris pas le temps de le mesurer pensant l’avoir déjà assez gardé près de nous (l’estimation me convenait ). Il reparti plein de jus. Quel plaisir quand, après avoir pris un beau poisson, je le vois repartir si bien, signe que je l’ai bien traité ! Le reste de la journée fut un peu compliquée. Mais je fis quand même quelques petits ombres en sèche en fin d’après midi. Alain m’avait alors laissé seul un moment et revint de son escapade de 20 minutes avec la photo d’un pépère encore plus gros le mien du matin. Un beau 45 +. Impressionnant ! M’apprendre ok, mais me laisser repartir avec la gloire de la plus belle prise du week end… faut pas déconner non plus. 😉 Quand il me le raconta, je regrettai de ne pas avoir assisté à ce superbe coup de ligne. Le temps avait filé et il était déjà l’heure de refaire les kms en sens inverse. Pour résumer : quelle rivière ! Quel panard d’enfer ! Les gens du sud savent recevoir c’est le moins que l’on puisse dire… (Un seul regret : celui de ne pas avoir ajouté une belle truite du sud au palmarès. Il me faudra donc y retourner pour réparer ça.) Il reste maintenant le plus dur : Confirmer ! Ne pas s’endormir sur mes lauriers, refaire du poisson sans les conseils de « la vieille main » à côté de moi. On verra si seul je retrouverai ces sensations de maîtrise… Il me faut encore beaucoup progresser … j’ai encore tant à apprendre… encore des défis de taille auxquels je m’attèlerai dès le we prochain. Car si j’étais déjà très motivé, je le suis encore plus maintenant que j’ai goûté à cette saveur particulière des journées pleines de prises magnifiques. Et puis il y a les truites… celles de la BRA surtout… j’ai encore des comptes à régler. Je classe dès maintenant ce week end dans l’album : Mes plus grands souvenirs de pêche. Un IMMENSE merci à « Bim Bam Boum » Alain.