Si vous vous êtes un jour ou l’autre demandé, ou si même quelqu’un vous a demandé, pourquoi étiez vous un homme aussi passionné, alors lisez ou faites lui lire La Ligne et vous trouverez derrière une linguistique parfaite la réponse à cette question. Au travers de son histoire (celle de sa condititon de pêcheur), de ses rencontres (celle, entre autre, d’un homme, mystérieux, qui aurait put s’appeler Aimé Devaux et qui prenait des truites quand la rivière en semblait inhabitée), de ses captures (celles réalisées avec son cousin Michel), de ses déceptions (celle de ne pas être arrivée plus tôt pour mieux connaitre la paire de pêcheur que formait son pére et son grand pére, celle de n’avoir put arracher de la Dordogne cette truite, qui lui avait donné l’impression d’avoir «(… ) ferrer la rivière »), Bergounioux parvient à nous fait revivre tout ce qui pour nous s’associe à du bonheur, tous ces moments qui nous font remercier les eaux d’être né pêcheur et d’avoir appris à être né et à vivre pêcheur.
Lorsque la Ligne de Pierre Bergounioux nous glisse entre les mains et devant les yeux, on sent la fluidité, la souplesse, la douceur d’un art maîtrisé; le plus noble, celui des mots.
Lorsque Pierre Bergounioux nous parle de la terre, de sa Terre, et de l’eau qui coule sur son granit hermétique, on sent le coeur d’une femme, un parfum; celui de la passion d’un homme pour son pays; la Corrèze.
Alors quand Pierre Bergounioux nous parle de poissons (dont il a horreur) et de pêche, on ne peut que succomber...succomber au désir d’y retourner, de continuer, et de découvrir, cet homme, ses pêches, et ses rivières.
Comment ne pas succomber quand un homme, armé de son écriture et de son imagination nous dit brusquement : « Je n’ai jamais approché de sang-froid une source, une mare, un ruisseau. Le moindre mouvement de l’eau me met en émoi. » Et vous, à l’approche d’une rivière, arrivez-vous à garder votre sang-froid ? moi mon coeur palpite toujours et palpitera tant que je serai vivant. Norman MacLean ne disait-il pas : « Je suis hanté par les eaux. » ? Je crois que dans ces conditions, on peut être qualifié de passionné...
Cet homme de lettre contemporain manie la plume et la réflexion comme Lee Wulff maniait son fouet...parfois certaines subtilités du Maître peuvent nous échapper mais l’essentiel est dans le résultat...à la fin, ces deux personnages ont capturés ce qu’ils voulaient...pour un ce sera des lecteurs et pour l’autre des poissons...
Avec une écriture et une philosophie rappelant celles de la célèbre Boite à Pêche de M. Génevoix, Pierre Bergounioux nous parles magistralement et de façon émouvante de sa passion pour la pêche...comment en tant que pêcheur ne pas y être sensible ?
Illustré par le célèbre artiste contemporain Pierre Alechinsky.
Attention, le style de Bergounioux n'est pas toujours facile à lire...pour ce petit livre de 74 pages, une relecture s'impose.