Pêche Mouche

Le Colorado, pas si facile !

3 mai 2015

Schlik ! Schplof ! Les BWO (Blue Winged Olive) dévalent frénétiquement sur le lisse cristallin de la South Platte River. J’ai devant moi un banc de farios (oui, en Amérique un banc de truite ça existe) qui sont attablées « à la cantine ». En bonus, en dessous, un wagon d’arc en ciel s’en met « plein le cornet » sur les nymphes.

Un lisse de la South Platte River

Un lisse de la South Platte River

Je ne vais pas vous faire l’affront de vous planter le décor qui entoure cette scène digne de vos rêves de pêche les plus fous : oui, la rivière coule bien dans une vallée bordée par une épaisse forêt de sapins. Oui, le fond de la rivière est bien couleur miel, comme vous l’avez vu de nombreuses fois dans les reportages que vous avez lus et relus dans vos magazines préférés et il y a mêmes des paillettes de « fool’s gold » (l’or des fous) en bordure.

 La S31, une nymphe céramique vert ryacophile qui m’a permis de toucher les gros poissons très suspicieux

La S31, une nymphe céramique vert ryacophile qui m’a permis de toucher les gros poissons très suspicieux

La toile de fond du paysage est bien remplie de canyons, les mêmes que vous voyiez dans les cartoons quand vous étiez gosse. Attention où vous mettez les pieds, c’est le printemps et les ours noirs se réveillent. Attention où vous posez les mains lorsque vous sortez de l’eau étourdi par une belle prise relâchée, les serpents à sonnette se font bronzer au soleil.

 En voilà une belle robe pour une belle arc-en-ciel sauvage

En voilà une belle robe pour une belle arc-en-ciel sauvage

Au fait, si les farios sont à table sur le lisse, c’est parce qu’il y a une éclosion multiple. Un tapis de BWO, croisé à des nuages de midges, quelques sedges qui tapent du cul sur l’eau, et en bonus quelques terrestres échoués dans la rivière pour le bonheur des « brownies » qui rôdent en bordure.

Une petite fario pour commencer le récit, vous en verrez de plus grosses par la suite !

Une petite fario pour commencer le récit, vous en verrez de plus grosses par la suite !

Bref, vous êtes avec moi – seul au monde – au fin fond du Colorado… Il est temps que le réveil sonne et que je m’habille pour aller au travail.
Et bien non, pas cette fois ! Mais attendez…. Je ne vais pas commencer ce récit brutalement, en vous amenant au cœur de l’aventure du meilleur voyage de pêche que j’aie jamais fait. Je ne vais pas tout de suite vous raconter que j’ai pêché quasi exclusivement en nymphe à vue des poissons aux couleurs de rêves – peintes par je ne sais quel Dieu – mouchetées jusqu’au bec. Je ne vais pas « spoiler » le récit en vous disant que j’ai pris la plus belle fario du voyage en sèche à vue.

Encore une petite truite, mais admirez les couleurs !

Encore une petite truite, mais admirez les couleurs !

Une aventure aussi inoubliable que cette semaine de pêche sur la South Platte River mérite bien mieux que ça. Thèse, antithèse, synthèse ! Que-dis-je ! Apéritif, entrée, plat et dessert ! Et en digestif, je vous exposerai même mon point de vue sur le business pêche en Amérique.

 Il y a une infinité de rivières à pêcher en Amérique

Il y a une infinité de rivières à pêcher en Amérique

Et je préfère être franc avec vous tout de suite, je ne vais pas vous la jouer « à la Française » en vous cachant le nom des rivières et des villes où j’ai pêché pour que « mon voisin ne me pique pas ma truite » car j’ai appris une chose en Amérique, c’est que le business pêche peut être un cercle vertueux, où des rivières subissent des pressions de pêche énormes et reste « infestées » de poissons. Malheureusement, ce « business model » ne fonctionne pas partout, mais il est bien réel au Etats-Unis, car l’immensité des espaces et la diversité des rivières le permettent.

37. Il faut tout de même un peu de technique pour trouver les gros poissons aux Etats-Unis

37. Il faut tout de même un peu de technique pour trouver les gros poissons aux Etats-Unis

Je suis certain que je pourrais vivre la même aventure dans le Wyoming ou le Montana, et ce n’est sûrement pas la centaine de moucheurs Francophones qui vont lire ce récit et qui iront vivre la même aventure que moi qui vont déstabiliser le « fly fishing business américain ».
L’Amérique a ses avantages et ses inconvénients, par contre, pour ce qu’il en est de la loi en matière de pêche, on ne plaisante pas au pays de l’oncle Sam. Vous jetez un papier au bord de la South Platte River ? Très bien, c’est 800 dollars d’amende. Des industriels ont voulu créer un réservoir à l’emplacement du fameux Cheeseman canyon. Cependant, au Colorado, le business pêche pèse lourd – très lourd – plusieurs millions d’euros de chiffres d’affaire. Qu’à cela ne tienne, les nombreux magasins de pêche sont affiliés à de puissants avocats, qui ont bien fait comprendre aux industriels de l’hydroélectrique qu’on ne massacre pas des kilomètres de parcours de pêche qui rapportent des millions de dollars chaque année.

Vous voulez voir du fly shop ? Vous allez en avoir pour votre grade !

Vous voulez voir du fly shop ? Vous allez en avoir pour votre grade !

C’est simplement ma description de la réalité constatée sur place, encore une fois, c’est le cas spécifique des Etats-Unis.
Alors commençons par le commencement, installez-vous confortablement, servez-vous un café, décapsulez une bonne bière ( une Leffe par exemple ), allumez-vous un bon cigare, tassez votre oreiller, ajustez la luminosité de votre IPad et éteignez votre téléphone pour ne pas qu’on vous dérange, car bien plus loin que la Mongolie, l’Icelande, l’Alaska, les Balkans ou La Laponie, La Loue ou la Bienne, je vous emmène avec moi sur les routes légendaires de la pêche à la mouche : en Amérique.

Un paysage classique de la South Platte River

Un paysage classique de la South Platte River

Tout a commencé au salon de la mouche à Paris. A force d’écumer les salons Européens, je fais toutes sortes de rencontres, et on me fait toutes sortes de propositions indécentes. En Angleterre : « Je possède un parcours privé sur la rivière Eden rempli de gros ombres et de truites, les éclosions de mouches de Mai y sont fantastiques, tu es le bienvenu si tu le veux ».
A Charleroi « Stan, tu peux venir essayer tes mouches sur mon parcours privé en Allemagne, apparemment tu aimes les gros ombres, tu vas être servi si tu viens nous rendre visite »

J’avoue, j’ai un faible pour les gros ombres…

J’avoue, j’ai un faible pour les gros ombres…

A Saint Etienne « Si un jour tu passes en Espagne, passe me voir sur le Sègre, je t’emmènerai sur des parcours à grosses truites ! »
Puis finalement à Paris, ce ne fut pas une proposition indécente du genre « gros ombres en nymphe à vue » ou « maxi truite en sèche », mais juste un client qui me précisait qu’il avait travaillé quelques années à Denver – dans le Colorado en plein milieu des U.S.A – que la pêche était plutôt pas mal la bas, et surtout, que je pouvais trouver des billets à bon prix pour rallier la France à Denver.
Cette suggestion m’était rentrée par une oreille, et sortie par l’autre, car l’Amérique du Nord ne restait pas dans mon « top 10 » des pays que je dois pêcher avant de mourir. Je préférais économiser pour la Nouvelle Zélande, la Patagonie, ou encore casser ma tirelire pour pêcher les Kunja dans la péninsule de Kola. Cependant, je demandais en quelques clics à l’ami Google ce que coûtait un aller-retour Bruxelles – Denver (J’habite près de la frontière Belge) au mois d’Avril.
Le printemps reste une excellente saison pour la truite, en France comme à l’étranger
Effectivement, le prix de cet aller-retour était une incitation publique à se farcir un bon petit voyage de pêche. 750 Euros c’est une somme, mais 750 euros pour un aller-retour Bruxelles – Denver, c’est des cacahuètes ! Comme d’habitude, le démon de la pêche à la mouche me piquait de sa fourche. D’un côté, le maléfique « Allez, clique et paye-toi ce billet, t’as pas envie de prendre des grosses arc en ciel en nymphe à vue dans des paysages de dingue ? » De l’autre côté, la voix de la raison « Tu ferais mieux de bosser sur ton site web, étoffer ta gamme de mouches et sortir de nouveaux modèles de nymphes au lieu de repartir une énième fois en vadrouille ».
Quelques jours et une recherche approfondie sur la South Platte River m’avaient finalement décidé à transformer la voix de la raison, qui me disait maintenant « Tu sais, aller essayer tes nouvelles nymphes céramique en Amérique, c’est un bon investissement en recherche et développement ».
En quelques clics, j’avais réservé ma place au paradis pour une semaine et balayé toutes mes questions sur le bien-fondé de ce voyage.

 On the road again !

On the road again !

Je me mis alors à lire des tonnes de reportages sur la South Platte River, afin de « bosser le dossier » pour tirer mon épingle du jeu. Bien sûr, on a tous les clichés que les Américain pêchent de manière fort grossière, mais ce sont quand mêmes des gens qui ont des années d’expérience de pêche derrière eux, donc les poissons ne doivent pas mordre « comme à la parade » sur la South Platte River. Cependant, une question me taraudait, est ce que je pourrais pêcher à vue sur cette rivière ?

 Comment un pêcheur d’ombre comme moi va-t il trouver des grosses arc en ciel dans le Colorado ?

Comment un pêcheur d’ombre comme moi va-t il trouver des grosses arc en ciel dans le Colorado ?

Toutes les photos que j’avais analysées me montraient un fond plutôt foncé, pas vraiment propice à la méthode de pêche préférée des Français. Tant pis, « l’aventure c’est l’aventure » comme disais l’autre, je partais donc équipé de manière polyvalente, de la micro nymphe au streamer, en passant par des sèches indicatrices.

La pêche à la mouche, ou comment réaliser ses rêves !

La pêche à la mouche, ou comment réaliser ses rêves !

Bruxelles – Denver
Mi- Avril arrive à grand pas, et mon avion décolle finalement. Dans ce genre de voyage, je prie toujours pour que personne ne touche à mes affaires de pêche en soute. Que ferais-je nu comme un ver en Amérique, dépourvu de tout mon attirail de « Frenchie » à savoir une excellente « Dumont rod » de l’ami Bertrand, et toutes mes boîtes de mouches qui concentrent des années d’expériences et de secrets de montage que m’ont révélés mes maîtres de la pêche à la mouche Français comme Yannick, Patrick, ou Cédric.

 Yannick JOUAN, un excellent pêcheur qui m’a beaucoup appris!

Yannick JOUAN, un excellent pêcheur qui m’a beaucoup appris!

Je me vois mal perdre mes bagages, et aller acheter l’attirail du pêcheur américain, constitué d’une balle de ping pong en tant qu’indicateur, d’une bobine de « câble » en 22 centièmes, et d’une boite remplies d’énormes imitations de plécoptères aux ardillons bien affûtés !

47. Vais-je trouver les fameuses grosses truites arc en ciel du Colorado ?

47. Vais-je trouver les fameuses grosses truites arc en ciel du Colorado ?

Quel mauvais rêve ! Fort heureusement – après une escale mouvementée par la douane psychosée d’Atlanta – j’atterris à l’aéroport de Denver, complètement dans le gaz du « jet lag » après ces 20 heures de vols et connexions.

54. Encore quelques heures, et je serai au bord de la South Platte…

54. Encore quelques heures, et je serai au bord de la South Platte…

Je récupère ma voiture de location. J’avais cependant oublié un détail, je suis un assez mauvais conducteur, et j’ai une assez mauvaise capacité à m’adapter aux nouveaux véhicules. Me voilà en train de faire fumer mes neurones pour m’appliquer à conduire la grosse Chevrolet automatique qu’on m’a mis entre les mains. J’avance, et je pile, confondant embrayage et frein. Je fais quelques tours sur le parking pour parfaire ma nouvelle conduite. Ma réputation est ruinée aux yeux des types de l’agence, qui me prennent sûrement pour un drogué ou un débile mental. Après quelques kilomètres bien concentré sur mes pédales, j’arrive finalement à l’hôtel que j’ai réservé à Denver centre pour passer la nuit.
Fort heureusement, je trouve dans la chambre le livre de chevet de tous les Américains, je ne l’ai jamais lu, ça m’aidera à m’endormir.

 Les Américains sont très croyants !

Les Américains sont très croyants !

La nuit va être courte, car je me lève tôt demain pour visiter une bonne partie des fly shops de Denver, puis filer le soir dormir dans ma cabine au bord de la South Platte River.
Je n’ai malheureusement pas choisi l’hôtel le plus calme, et je découvre par moi-même que Denver compte une forte proportion de Latinos, qui aiment s’ébattre sur la parking le soir, en buvant de la Corona Extra, et en braillant en Espagnol. « Caramba ! La nuit va être courte senior ! ».

Voilà le genre de route qui m’attend !

Voilà le genre de route qui m’attend !

Le tour des fly shops
Le jour se lève sur Denver, et je reprends ma conduite « automatique » plus rassuré. Je commence par filer plein nord vers la ville de Boulder pour aller visiter « Front Range Angler ».

Un logo d’enfer…

Un logo d’enfer…

Je vous laisse admirer la peinture murale qui orne ce fly shop, je vous avais bien dit que c’est la troisième dimension ici !

Et une déco du tonnerre !

Et une déco du tonnerre !

Puis j’enchaîne ainsi les sept autres fly shop, pour descendre vers le sud, afin de rallier ma route vers la cabine que j’ai louée à Deckers, au bord de la South Platte River.
Je me rince l’œil dans les fly shop, et j’évite de sortir la carte bancaire, car la tentation est forte. On trouve dans ce supermarché de la pêche à la mouche une bien maigre sélection d’articles…
Une bibliothèque pas trop étoffée …

livres
livres
Et encore des livres !
livres
Deux DVD qui se battent en duel…
dvd mouche
Une sélection d’épuisette assez restreinte…
épuisette
Quelques casiers de mouches…
casiers de mouches

Envie de streamers ?

Envie de streamers ?

Des mouches malheureusement Made In Kenya, mais qui prennent du poisson !
Made In Kenya
Made In Kenya
made in Kenya
Made In Kenya

Une vitrine de moulinets à moitié vide…
moulinets
Ne parlons pas des nylons et bas de lignes…
nylons et bas de lignes
Des waders et chaussures…
waders et chaussures
Un soupçon d’hameçons…
hameçons
Et une (toute petite) gamme de soies Rio…
soies Rio
Ou Orvis !

Orvis

Orvis

Sinon, il y avait aussi quelques gilets et chestpacks !
gilets et chestpacks
Vous avez bien sûr reconnu mon second degré… J’enchaîne les fly shop, et je fume littéralement de la tête, ici la pêche à la mouche, c’est comme le foot en France ! Stoppez-moi ou je déménage ici !!

Le Orvis fly shop de Denver, une vraie caverne d’Ali Baba !

Le Orvis fly shop de Denver, une vraie caverne d’Ali Baba !

Mention spéciale pour Orvis, chez qui j’ai bavé pendant 10 minutes sur le mur de canne.

Bienvenue en Amérique, au cas où vous n’avez pas compris, le sport national, c’est la pêche à la mouche !!!

Bienvenue en Amérique, au cas où vous n’avez pas compris, le sport national, c’est la pêche à la mouche !!!

Il est 16h, et j’attaque finalement la route qui va me mener à Deckers, lieu de ralliement de tous les pêcheurs de la South Platte River. La route est enchanteresse, avec des croisements, des paysages et des panneaux « comme dans les films ». En plus, rouler en Amérique, c’est assez simple, c’est toujours tout droit, avec de temps en temps un virage à 90° !

Une route en bon état mais assez tortueuse !

Une route en bon état mais assez tortueuse !

Mais sorti de la ville, le bitume disparaît, et on entre dans le parc national. La route se fait poussiéreuse, et les panneaux « virage dangereux » et « attention au gibier » se multiplient.

 Les routes en gravier sont bien entretenues

Les routes en gravier sont bien entretenues

Le cadre et de plus en plus enchanteur, avec des rochers aux formes originales qui sortent de part et d’autre de la route, comme des champignons.

Un paysage original

Un paysage original

Puis soudainement, comme dans un rêve, la South Platte River apparaît à ma droite. Elle coule et s’entrelace entre d’immenses blocs jetés ça et là, comme par un géant qui aurait voulu jouer aux dés. Ça décape la rétine ! Les courants sont plus beaux les uns que les autres, et je me rends compte qu’il y a un sacré linéaire à pêcher !
Un œil sur la route, et le deuxième qui cherche les gobages, je ne vois pas les kilomètres défiler au compteur, et j’arrive plus tôt que prévu aux fly shop qui louent également des cabines et des appartements à Deckers, vous les trouverez sur Google sous le nom de « Flies and Lies » dans la ville de Deckers au Colorado.

La fameuse South Platte River, attention au gibier la nuit !

La fameuse South Platte River, attention au gibier la nuit !

Par contre, la nuit n’est pas donnée si vous êtes seul (environ 70 euros) mais vous pouvez louer ces cabines / appartement jusqu’à quatre personnes. La pêchez-vous coûtera 20 euros pour le permis national, puis ensuite 4 euros par jour… Quand je pense qu’une carte à Goumois à la journée coute 15 euros pour prendre 20 truites dans les meilleurs jours… Bref, pas de polémique !
Je prends possession de ma cabine, et me rends compte qu’il me reste une heure avant que le soleil ne se couche. Que faire ? Aller à la pêche par exemple ! Tiens en voilà une idée qu’elle est bonne !

Un bien joli courant pour poser des mouches Françaises !

Un bien joli courant pour poser des mouches Françaises !

Je saute dans mon waders, emmanche ma Dumont rod, et court – comme à mon habitude de chien fou – vers la rivière. La luminosité et la couleur du fond ne me permettent pas de pêcher à vue. Je « branche » donc mon fil indicateur bicolore, et je commence une prospection au fil graissé sur les premiers rapides, avec une simple pheasant tail tungstène, comme à mon habitude. Première dérives, et première surprise : la rivière est remplie d’algues dérivantes. Il me faut nettoyer la salade sur la ligne toutes les trois dérives… Grrr !!!

Première exploration de la South Platte…

Première exploration de la South Platte…

On m’a menti sur la marchandise !!!! Le courant se fait plus fort, et je troque mon nylon bicolore diamètre 0.19 mm graissé en surface contre un nylon bicolore 0.28 mm, qui va me permettre d’attaquer un courant plus violent en nymphe sous la canne au vu de l’absence de gobages. Je ramasse encore plus de salade avec ma nymphe bille 4 mm en pointe. Un peu déçu, je m’obstine jusqu’aux derniers rayons de soleil.
Le pire dans cette histoire, c’est que ces satanées algues vous procurent des touches qui ressemblent vraiment à un poisson qui se saisit de la nymphe !!!
Soudain, encore une fausse touche, je ferre, et mon algue gigote et tire drôlement fort. Je tiens enfin mon premier poisson Américain. Après 6 allers-retours dans la rivière, c’est une belle grosse arc en ciel qui se retrouve dans mon épuisette. Le soleil s’éteint, je peux aller me coucher tranquillement, j’ai sauvé ma bredouille !

Mon premier poisson Américain, un bon 45 cm !

Mon premier poisson Américain, un bon 45 cm !

Il faut savoir que si vous logez a Deckers, vous n’aurez ni internet, ni réseau de téléphone. Essayez de vous renseigner sur les conditions météo, car au printemps et en automne, vous n’êtes pas à l’abri d’une tempête de neige !
Eleven Miles canyon
Pour ce premier jour de pêche complet, j’ai décidé d’aller dans un endroit qu’on m’a recommandé, pas forcément pour la qualité de la pêche ( poissons de taille moyenne ), mais pour la beauté des paysages.

Un étonnant canyon plein d’éboulis

Un étonnant canyon plein d’éboulis

Cet endroit situé entre deux réservoirs s’appelle « Eleven miles Canyon ». Ce canyon se trouve à environ une heure de route de Deckers, il vous suffit de rallier Woodland Park, puis Divide et Florrisant, et vous trouverez sur votre gauche l’entrée du canyon. Le paysage y est dantesque. D’immenses blocs couleur ocre – érodés depuis la nuit des temps – emmuraillent la rivière.

Les courants typiques d’Eleven miles canyon

Les courants typiques d’Eleven miles canyon

Ils ont forcé le cours de la rivière et dessinent des marmites et des pools. Parfois, des petites prairies jonchées d’arbres morts prennent vie entre les blocs. Tous les spots et toutes les techniques sont bons. J’attaque en mouche indicateur et commence à enchaîner les poissons de taille modeste sur la nymphe. J’alterne entre petites farios et arc en ciel, des poissons qui restent assez combatifs malgré leur taille.

On trouve souvent dans les parcs nationaux de nombreuses infos sur les espèces présentes

On trouve souvent dans les parcs nationaux de nombreuses infos sur les espèces présentes

La rivière se prête parfaitement bien à l’exploration, pas trop profonde, on peut « wader » partout. La pêche à vue est tout de même restreinte dans le canyon, à cause de la faible lumière, et des courants plutôt puissants qui vous poussent vers une exploration en nymphe « à l’aveugle ».

Des poissons petits, mais combatifs !

Des poissons petits, mais combatifs !

Vers les coups de midi, j’ai déjà fait une vingtaine de poissons moyens en nymphe, mais pas de monstre ! J’arrive alors dans une prairie en plein soleil, et soudainement, les truites raffolent de mon pompon !
Tout d’abord une belle fario prend mon pompon pour une sauterelle…

Première prise sur le pompon

Première prise sur le pompon

Puis vient ensuite un arc…

On sent directement dans le combat que c’est un arc en ciel qui a pris votre mouche !

On sent directement dans le combat que c’est un arc en ciel qui a pris votre mouche !

Et encore une autre fario…

Ma grosse sèche imite bien un terrestre ou une sauterelle

Ma grosse sèche imite bien un terrestre ou une sauterelle

On verrait bien une truite derrière ce joli petit caillou non ?

On verrait bien une truite derrière ce joli petit caillou non ?

C’est cela, il y en avait une !

C’est cela, il y en avait une !

J’alterne ainsi entre prise en nymphe et en sèche, et entre farios et arc en ciel ! Un régal !

50% en sèche et 50% en nymphe !

50% en sèche et 50% en nymphe !

Un gobage plus discret en bordure attire mon attention. Je m’applique sans draguer, et touche finalement un poisson plus costaud – une pure fario Américaine – d’environ 42 centimètre. Pas mal !

Le poisson record du jour est une fario, ce ne sera plus le cas pour la suite !

Le poisson record du jour est une fario, ce ne sera plus le cas pour la suite !

J’aurai pris sur ce premier jour de pêche – entre 8h du matin et 17h – environ 50 truites, d’une taille moyenne de 28 cm, mais avec quelques gros sujets autour de 40- 45 cm.

Beaucoup de « petits » bécards qui ont bien la patate !

Beaucoup de « petits » bécards qui ont bien la patate !

Pas mal pour un début, mais j’aimerais bien aller plus loin dans la taille des poissons, et surtout, trouver de la pêche à vue !

Pas de pêche à vue le premier jour, mais je vais me gaver pour la suite du voyage !

Pas de pêche à vue le premier jour, mais je vais me gaver pour la suite du voyage !

A suivre…

 

Récit écrit par Stanislas FREYHEIT, monteur de mouches professionnel, spécialisé dans la production de nymphes en céramique sur www.peche-nymphe.com