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Guy Plas : Adieu l’Artiste Pêcheur

15 avril 2026

Nous vous l’avions dit début février lorsque nous avons annoncé son décès, nous souhaitions rendre hommage à Guy Plas pour tout ce qu’il a apporté au monde de la pêche à la mouche.

Qui mieux que Claude Ridoire qui l’a longtemps fréquenté pouvait retracer la vie de ce pêcheur (mais pas que) hors normes.

Merci Claude pour ce bel article et merci à Guillaume Plas, son fils, de nous avoir ouvert sa « boîte à souvenirs ».

Patrick

Guy Plas maître et esthète Corrézien de la pêche à la mouche s’en est allé ce début d’année dans sa 95 ème année.

L’Homme

C’est bien loin des plateaux granitiques, des châtaigneraies, des schistes affleurant de la moyenne Corrèze et des gorges de la Dordogne que Guy Plas vit le jour en territoire Africain. Par la suite, de ce lointain lieu de naissance, son adolescence et sa vie se concrétisèrent aux abords de sa rivière de cœur la Dordogne. D’abord sur Bort les Orgues en partie amont, par la suite il vécut la majeure partie de sa vie en aval dans la maison de ses grand-parents du petit hameau de la Chauvarie proche de Marcillac la Croisille.

Ces quelques maisons de caractère nichées dans la verdure, des arbres, des prairies sont bâties à la limite d’un promontoire qui domine les profondes gorges de la Dordogne. Son fils Guillaume au titre d’un plus que complet devoir de lycée en a fait une chaleureuse description par un livre vivant « Mon village m’a dit » (Edition G.Plas 1990). L’avant-propos apporte une description subjective des lieux « Le village où j’habite était le dernier endroit où les hommes avaient construit des maisons, sur le dernier lieu que le bon Dieu avait créé, en effet nulle route ne peut, ne sait ou ne veut aller plus loin…. »

Le Pêcheur à la mouche

Guy Plas a toujours porté en lui de par la proximité de ces rivières la passion de la pêche à la mouche. Comme il aimait l’affirmer, il aurait été bien incapable de pêcher autrement… Combien de fois m’a-t-il concédé que ses trop nombreuses heures passées au bord des cours d’eaux lui paraissaient presque indécentes. C’est sans aucun doute cet excès de présence qui a développé chez ce pêcheur acharné la passion des détails et ses recherches de mimétisme via ses véritables talents d’esthète. Fort de son expérience corrézienne avec nombre de prises en truites, il explora très tôt les rivières espagnoles des Asturies, du Léon et de Gallice.

 

De ces voyages ibériques, il en retira une passion nouvelle pour les migrateurs (truite de mer Réo et saumon atlantique). Devenu adulte, à la période de la construction des grands barrages sur la haute Dordogne, il regrettait de n’avoir pu pêcher un saumon dans sa rivière, d’autant que ce rendez-vous raté sur ses terres s’est joué de peu. Installé dans son commerce halieutique et quelques expéditions en Alaska passées il se focalisait chaque année sur l’Islande pour le saumon principalement sur deux rivières de rêve à l’Est de l’Ile. Début des années 80, il découvrait comme j’ai pu aussi en avoir la primeur les premiers ombres de la Dordogne. La plaine d’Escourbaniers où on pouvait le retrouver avec plaisir en action, n’avait pas de secret pour lui. Pêcheur et fin observateur en sèche, il pratiquait aussi régulièrement la noyée. Sa finesse et précision de pêche en a toujours fait un redoutable saumonier .

C’est étudiant, dans les années 70, avec peu de ressource que je fis sa connaissance à la Chauvarie. Son accueil chaleureux, sa générosité, sa patience et surtout ses connaissances halieutiques furent dès le départ gages de rapports cordiaux et forts enrichissants. Sa voix ferme, un peu traînante et chantante de ce terroir Corrézien qui sonne encore à mon souvenir témoignait un caractère rigoureux. A chaque visite : soit il fallait essayer telle canne en ciblant la pâquerette du fond de sa pelouse ou partager avec lui la satisfaction d’un nouveau montage original prometteur…. Ses rencontres étaient aussi l’occasion d’histoires de pêche pour lesquelles il avait un sens de la narration fort assumé. Que ce soit pour mes premiers pas sur l’Hofsao splendide rivière d’Islande dite du Prince Charles (maintenant Charles 3) ou celles des Asturies (Sella, Cares et Narcea) qu’il connaissait par coeur, il fut fort généreux de conseils. Pour chacun des pools qu’il estimait valable, j’ai reçu de sa part plus que des stratégies pour les peigner utilement, mais des croquis descriptifs complets de sa griffe d’artiste…Quel halieutiste aujourd’hui est en mesure d’en faire autant ?

L’éleveur de coqs pour la pêche

Depuis des lustres en Corrèze pour séduire au mieux les truites on a recours pour monter les mouches artificielles aux plumes prélevées sur un coq de pêche. Cette particularité locale ne put échapper à Guy Plas qui dans les années 60 fut le premier à en divulguer quelques nouvelles. Au-delà de ses besoins personnels, il envisageait dès lors d’en faire l’élevage même s’il s’agit d’un mutant rarissime qui survient de manière empirique à l’intérieur des couvées. De sa passion, naissait alors son futur métier. Ces débuts, furent forts critiqués et discutés car il mettait ainsi à disposition du simple moucheur la denrée rare, secrète et convoitée que constituent : hackles, pelles et lancettes du coq de pêche gris du Limousin. Outre la qualité des produits dans les nuances les plus rares, la communication sophistiquée portée par : leur présentation sur catalogue, en pochettes, leur tris….défiaient toute comparaison dans notre petit milieu. Dans son ouvrage « L’art de la pêche à la mouche sèche » Jean-Paul Pequegnot en fait état d’une façon très explicite.

Au mieux de son élevage des années 70 à 95 dans sa volière à l’arrière de sa coquette habitation faite de pierres locales, c’était environ deux cents coqs dont il prenait le plus grand soin. Une autre centaine, était disséminé chez des amis-propriétaires des alentours. Pour franchir les grilles dans le cadre d’une visite amicale, il fallait à juste titre en cas de maladie véhiculée s’affranchir devant lui et être exempté de tous contacts précédents sur d’autres sites. Mais alors, quelle richesse pour les yeux d’entrevoir les diversités de : couleurs, maturités, intensités, nuances portées par tous ces volatiles précieux à la crête rougeoyante…..

Dans cette lourde tâche, son épouse Élyane a joué un rôle essentiel durant ses absences halieutiques mais aussi par son habilité, sa dextérité manuelle à trier, mettre en pochettes les produits des différentes plumaisons. Guy Plas constamment en recherche de nouvelles bêtes rares et très ouvert à cette communication fédéra à sa façon la Foire aux coqs de Neuvic.

Une sélection constante des sujets de la grande volière s’opérait régulièrement en termes de qualité. Tout faux mutant ou coq sortant de ses critères et Dieu sait s’ils étaient nombreux passaient de vie à trépas et ensuite dans un congélateur pour être consommés ultérieurement. Guillaume, son fils pour en avoir vu trop souvent sur la table refuse aujourd’hui d’en re-manger !!!!

En liaison avec quelques éleveurs espagnols (Léon, Asturies) qu’ils visitaient annuellement lors de ses virées de pêche, il fut le tout premier Français à sélectionner et importer les plumes de capes mouchetées de Pardos.

Inutile de dire qu’un tel élevage relève uniquement de la passion. A la cession de son affaire pour retraite, Guy Plas a fort mal vécu la disparition de ses protégés chez son repreneur. Celui-ci avait souhaité délocaliser la volière et en final ce fut l’issue fatale…

L’ Halieutiste

Les mouches

Premier à tester la qualité de ses plumes de coq Limousin par ses montages personnels, Guy Plas étendait l’utilisation de ses produits issus de son élevage par la création d’une série de Mouches Artificielles « Les Grises ». Pureté et beauté sont mises en valeur par des techniques de montage rationnelles avec des variations de gris du cendré clair au moucheté en passant par le gris- bleu :

– Pour la sèche : l’Indispensable, Diaphane et l’Elégante pour les pêches fines, la Rustique et Diabolo pour les courants, la Pataude pour les sorties de phryganes…….etc

– Pour la noyée, la mouche mouillée et la nymphe lestée ou non un modèle de chaque.

Comme l’écrivait Raymond Rocher « Elles ne sont pas des mouches artificielles conçues dans un fauteuil, mais les pieds dans l’eau, dans l’eau de bien des rivières »

Devant son succès, cette collection que l’on pouvait considérer de base fut par la suite complétée par « Les Ondines ». Albert Drachkovitch se prononçait dès leur lancement en écrivant qu’il s’agissait là du fruit de l’expérience d’une vieille main et des mouches de fin de vie !!!! Plus élaborées et nombreuses que la première collection, elles restent encore remplies de détails que nul autre monteur depuis n’a jamais mis en avant avec autant d’observations et précisions. Au départ, Guy Plas pour monter ses modèles élaborés où aucune faute ne pouvait être masquée et pour lesquels les matériaux utilisés sont rarissimes s’est entouré d’un monteur de grand talent : André Petit. Cet Auvergnat que j’ai côtoyé lors d’ expéditions islandaises était aussi un maître du détail car exerçant dans la haute couture avec ses ouvrières.

 

Difficile de détailler tous ces montages très épurés, néanmoins ceux qui sont toujours présents dans mes boîtes me semblent mériter une mention particulière :

– la X montage pour les courants reste l’efficiente et meilleure porteuse sèche d’une nymphe légère en tandem

– la Mue (subimago naissant), certainement l’émergente la plus prenante .GP m’expliquait que c’était la seule émergente de par sa forme qui conservait une petite bulle d’air pour se hisser en surface. Je n’ai vérifié que partiellement la présence de cette bulle mais elle m’a coincé bon nombre de poissons difficiles !!!

– le Bibi (Phryga-nymphe). En fait, une évolution remarquable de la Pallareta de Carrere, pour imiter ver d’eau et porte-faix, c’est La noyée de base placée en pointe. Indispensable pour les dérives aval avec ses pinceaux de pardos latéraux, cinq modèles existaient en tons dégradés du thorax

– mouches à saumon Atlantica et Passionata. La méthodologie de construction de ces mouches, les matériaux mélangés en fibres de pardo et coq limousin ont apportés depuis près d’un demi siècle une réelle différence en Islande, Asturies et Ecosse sur les saumons sollicités en station sur des fosses. A mon avis, leur parfait équilibre en nage, mais surtout les stries avec effets hachés de lumière procurés par le pardo et le mimétisme du coq Limousin ont confirmés cette attractivité spécifique. Nombreux furent les guides de la Spey en Ecosse à s’interroger sur l’efficacité de ces mouches avec des plumes mouchetées et une touche de marabout !!!!

Les cannes

« Conçues belles pour le plaisir des yeux, voulues rationnelles pour le plaisir du lancer, les cannes Guy Plas savent embellir la joie de la capture » telle était leur présentation. Avec quelques modèles en phénolique assez courtes (5 à 8 pieds), il a profité au tout début des années 80 de l’avènement du graphite et du bore. Principalement à partir de blanks Diamondback, leur montage très sobre concentrait toutes les qualités d’un assemblage hautement artisanal avec un tout nouveau matériau, léger et puissant. Leur esthétique très soignée, avec des décorations par émaux, signée, millésimée et au nom du pêcheur reste encore unique dans notre milieu. Mais avant tout c’est leur qualité pêchante que j’ai retenue. Elles étaient toutes extrêmement douces et nombreuses étaient celles qui avaient la rare polyvalence sèche et noyée. La Leuctra où Perla dans les 9 pieds qui était la canne usuelle de Guy Plas en action reste une référence en mouche sèche. Deux 9 pieds 8 dont la Phryganea sont restées durant vingt ans mes préférées pour tous les modes de mouche fouettée. Un fabuleux pêcheur corrézien et ami Jacky Montagnac l’avait invité à monter en longueur pour ses pêches en sèche dites à la « pelaude » (pêche courte en sèche par petits roulés). Ainsi est né la Corrézienne qui aussi pour la noyée à deux mains en Dordogne et ailleurs en grandes rivières m’a apporté bien des satisfactions. Certes les nouveaux graphites se sont encore allégés et ont gagné en puissance depuis, mais nombre de ces modèles restent encore très agréables au bord de l’eau.

Équipements

Difficile, de ne pas parler des équipements voués à la pêche à la mouche qu’il a pu créer ou initier d’abord pour ces propres besoins, ensuite pour ses clients par des mains très habiles.

Au milieu du siècle dernier nombre de pêcheurs disposaient d’épuisettes rigides liées à un manche. Hardy en Angleterre était un fournisseur et importateur important d’épuisettes de qualité, une sur le commerce avec le cercle repliable vers le manche vit le jour il y a presque un siècle. Pour l’avoir possédée et utilisée, j’avoue qu’en plein milieu de la rivière son maniement d’ouverture restait dans l’excitation d’une belle prise un acte délicat…

Guy Plas ayant fait le même constat et aidé par un ouvrier hautement spécialisé de la Manufacture d’Armes de Tulle mit ainsi au point son épuisette canne et ses variantes du même principe en Torrent et Wading. Actionnable d’une main, elle apporte sécurité pour le pêcheur dans les eaux fortes et agitées et permet d’épuiser à plus d’1,20 mètres de distance par rapport à une raquette (longueur hors tout 1,58 m). Cette distance supplémentaire diminue largement la durée du combat et contribue ainsi à la survie du poisson. Pour ma part pas une sortie sans elle. Certes, l’outil dans les pieds au début paraît entravant mais tous ses avantages et le respect du poisson en sus en valent le port. Cette épuisette canne digne d’un produit d’armurier qui n’a jamais été égalé par quiconque, reste le fruit du complet pêcheur qu’il était.

Ses bas de ligne tissés flottants ou plongeants exacts prolongements de la soie sans cassure assurent une maîtrise parfaite des posés. Ce sont : leur légèreté, souplesse, solidité et absence de mémoire en sèche ou en noyée qui laissent encore un véritable agrément de présentation. Si le modèle flottant a depuis trouvé quelques concurrents, le plongeant reste seul dans cette configuration fonctionnelle pour toutes les dérives aval sous le film.

Des produits sous sa signature (boîte à mouche, étuis de canne, cadres….) étaient de même présents dans sa liste de produits dérivés.

Avant tout achat de ses produits, Guy Plas nous a fourni gracieusement durant plusieurs décades une porte d’entrée visant sa haute considération de la pêche à la mouche avec les plus beaux catalogues de la pêche à la mouche. D’abord du simple double feuillet pour la présentation des Grises, les complets catalogues noirs, blancs et verts avec leur additif ou carnet de pêche restent des documents maintenant rarissimes. Leurs textes, leur mise en page sobre, la griffe et réalisation du concepteur qu’il était, agrémentés des dessins de Charles Gaidy méritent une mention toute particulière en matière de détails et d’esthétisme. Quel support d’aide à la vente dans notre passion vous apporte les concordances pour une synthèse parfaite par insecte : de l’époque, de la phase d’éclosion, du type d’utilisation en sèche ou noyée et donc du modèle à choisir ? Aucun

A chacune de nos entrevues, il s’amusait d’exposer les dernières copies de ses produits les « Guy Plagiat ». Toutes ces fabrications ont fait l’objet de reproductions grossières, ce qui en fin de compte par leurs piètres qualités le positionnait bien loin devant.

L’ Artiste .

Si à eux seuls déjà ses produits ou supports de vente transposaient un goût affiné de l’esthète pêcheur qu’il fut, il n’en demeure pas moins que c’était un véritable artiste. Son jardin secret constitué par la peinture avec principalement des aquarelles reste selon quelques rares initiés des créations de très haute qualité. Ses relations étroites avec le peu d’artiste pratiquant la pêche à la mouche tels que Albert Drachkovitch et Charles Gaidy en témoignent. Outre quelques articles dans la presse halieutique de la bonne époque, il n’a jamais conclu la finalité d’un ouvrage destiné à sa passion.

Avec Albert Drachkovitch

Au revoir Guy

Notre dernière rencontre au bord de l’eau date de plus de dix années sur le Réservoir de la Jordanne. Si déjà tu avais raccroché les waders, ta passion restait intacte. Nous te remercions vivement de ce que tu as pu apporter à cette pêche à la mouche. Pour ma part, dès notre première rencontre tu as avivé et entretenu cette flamme.

Distinctement, des éleveurs de coq, des monteurs de mouches, des créateurs de cannes et autre matériel il en existent de partout. Mais pour un artiste de ton niveau qui englobe ces divers métiers le moule semble irrémédiablement cassé… De surcroît, et à l’inverse du milieu halieutique actuel, tu as largement démontré depuis les années cinquante, l’essence même du développement durable avec des produits naturels, biodégradables, assemblés localement….. Tu as maintenant délaissé la plaine d’Escourbanier (fief aujourd’hui de nombreux cormorans !!!) mais ta silhouette et ta soie planeront longtemps sur cet endroit magique.

Au revoir Guy,

Claude Ridoire

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