Pêche Mouche

Echelle « CRID » : Faites le point sur votre lancer à 2 mains

5 septembre 2021

Depuis quelques années, Gobages n’y est pas étranger, de nombreux pêcheurs se lancent dans l’aventure de la canne légère à deux mains. Certains s’interrogent à un moment donné sur leur niveau de pratique et veulent savoir où ils en sont pour pouvoir continuer à améliorer leur lancer et pêcher en toutes circonstances : rive prospectée, présence d’obstacle (ou non) à l’arrière, vent etc…

Je réfléchissais à tout ça et me demandais comment faire pour leur apporter un peu d’aide lorsque Claude m’a appelé pour me dire qu’il avait en tête un article dans lequel il détaillerait plusieurs niveaux d’apprentissage du lancer à deux mains avec pour chacun d’entre eux les pré-requis et les objectifs quantifiables que le pêcheur pourrait facilement vérifier.

Il voulait cet article simple, bien loin des « jargons anglo-saxons » qui nomment les différents types de lancers et pratique.

J’ai bien sûr dit tout de suite banco ! Et voici donc « l’échelle CRID » qui va vous permettre de voir le chemin parcouru (et celui qui reste à accomplir 😉 ) en matière de lancer à deux mains avec une canne légère.

Lancer Français Mouche : Deux mains grande rivière Truite/ Ombre

Généralités

L’engouement des moucheurs Français pour la canne à deux mains s’est largement avéré être le même au niveau international depuis plusieurs mois. Pour exemple au premier trimestre 2021, le stock de ce type de canne dite « légère » dénommée « Trout Spey» chez Sage était épuisé malgré des budgets à plus de mille euros !!!!

Ayant saisi l’opportunité à l’appui d’un dossier anti-pandémique de retrouver la Spey en Écosse ces jours derniers j’ai observé les mêmes motivations chez les saumoniers. Devant cette fermeture des frontières et à l’identique de la France, les pêcheurs de Grande Bretagne privés des rivières russes ou norvégiennes ont redécouvert leurs cours d’eaux génériques.

En quarante années de fréquentation de ces lieux tout comme les guillies affectés à ces merveilleux parcours, nous avons découvert une nouvelle clientèle.

Force est de constater aussi que dans ces pêches d’été aux migrateurs, le matériel s’est considérablement affiné en : longueur, poids, équilibre et finition, avec, et c’est louable, de nombreux débutants …

Cet été, en niveau normal et stable, fini la 15 pieds et son tuyau de 50 grammes !!! Dans le changement d’approche, là aussi les budgets ont flambé. Pensez qu’une Sage X, 13 pieds, dépasse là bas les 1400 euros !!!!

En synthèse : la méthode, l’envie d’une autre pêche, peut-être l’effet confinement ont collaboré à cet engouement et ses investissements.

Entre parenthèses, inutile de casser la tirelire pour débuter ou progresser avec une canne à deux mains…

Aujourd’hui, en cannes « trout spey » légères, il y a du choix niveau matériel.

Dans notre Sud Ouest et dans le cadre de notre recherche de poissons sédentaires truites et ombres à deux mains les choses évoluent aussi. Outre les pratiquants réguliers maintenant sur la Dordogne que j’ai pu observer, de très nombreuses questions affluent. Les réflexions et interrogations vont bon train. Les informations, les vidéos, les articles relayés par Pat pour Gobages y participent largement, et je l’en remercie sincèrement.

Des vidéos qui détaillent les actions de pêche avec des poissons à la clef seraient les bienvenues pour compléter le sujet. Même à la retraite, nos occupations halieutiques respectives ne nous ont pas encore laissé à nouveau ce loisir de partage mais ça ne saurait tarder, promis…

Par cet article, il me paraît intéressant et utile de synthétiser les familles de questions et d’y répondre par une échelle d’objectifs de progression incluant six critères indissociables pour la pratique en rivière :

– la rive prospectée dans le sens de la descente selon sa main directrice

– le dégagement arrière ou contre la berge ou contre la végétation

– la catégorie de lancer (sans entrer dans le détail de noms étrangers )

– la distance droite atteinte entre pieds du pêcheur et mouche de pointe

– la qualité du posé, élément indispensable d’une dérive optimale

– l’harmonie du lancer pour l’esthétique

Avancer une telle échelle d’objectifs même avec un demi-siècle de pratique assidue m’a paru au départ un peu osé, mais réflexion faite je me suis lâché avec l’appui de proches fanatiques. Au pire, un peu de honte et quelques critiques seront vite passées.

À mon humble avis, une telle démarche a surtout les perspectives des aboutissements suivants :

– amener une auto-évaluation aux pratiquants et s’inscrire dans une logique d’amélioration

– ordonner les évolutions de la technique avec ses critères

– s’appuyer sur des critères réels et vérifiables auprès de professionnels tels que guide ou instructeur

– figer ou réviser son matériel

L’APPMLE (Association pour la Promotion de la Pêche à la Mouche ) de Limoges adhérente à la FFPML (Fédération Française de Pêche Mouche et Lancer) en la personne de son président Richard Viroulet m’a vivement incité à cette démarche.

Il a fédéré en son temps pour la canne à une main, la formation des guides et instructeurs du Lancer Linéaire Français.

Il lui semble ainsi l’occasion et le moment de formuler, écrire, positionner ce lancer français mouche à deux mains grande rivière Truite/ombre pour de potentiels élèves pratiquants de loisir et avant tout une spécialisation pour les guides/formateurs.

Niveaux d’objectifs pour le lancer français mouche à deux mains en grande rivière Truite/Ombre

Critères de classement et sélection :

– pêche aval en situation sur courant de rivière

– propulseur inférieure à 20 grammes en fuseau ou soie entière

– pénétration du pêcheur dans l’eau inférieure au niveau du bassin

– une ou deux mouches utilisées non lestées

– en contre-berge ou végétation en hauteur écartement maxi de deux longueurs de canne

– les 5 niveaux ne peuvent être obtenus que graduellement par ces étapes

 

Commentaires et explications

Niveau 1

Considérant que la grande majorité des pratiquants sont issus de la canne à une main, la transition à deux mains est la première étape.

Comme pour fendre une bûchette à la hachette et optimiser par la suite sur une bûche à la hache la coordination des deux mains et non pas leur antagonisme est basiquement le premier exercice.

De toute évidence la zone arrière doit être dégagée pour un lancer au dessus de la tête comme à une main.

Ce lancer de base était de mise chez les saumoniers français il y a quelques décades, c’est mon constat de l’Allier des années 70/80.

Même en Écosse lors de ce dernier séjour estival, force est de se rendre compte qu’il est utilisé encore par les nouveaux venus à la deux mains dans les zones dégagées.

Il est fort utile en présence de vent soutenu de part la vitesse impulsée, voire la possibilité de double traction.

Par contre : le posé final peut être un peu brutal, tout comme le changement de direction qui par ses faux lancers dispense notre pêche des poissons sédentaires de son indispensable atterrissage en légèreté.

Pour une pratique occasionnelle de la dérive aval à la grande canne, ce lancer dans les zones dégagées peut se suffire à lui même.

Avec les conseils de Claude, Patrick pour sa première séance à deux mains …

… a largement dépassé les 20 mètres en lancer au-dessus de la tête. Niveau 1 validé 😉

Niveau 2

L’appropriation du lancer roulé permet de rentrer dans la première plage de maîtrise de la canne à deux mains et marque le premier avantage notoire par rapport à sa petite sœur compte tenu de sa longueur mais surtout de sa capacité de torsion supplémentaire.

Se jouer de l’absence du recul arrière, améliorer ses posés et donc optimiser sa dérive procure un premier degré de liberté.

Inutile au départ de chercher la distance qui viendra avec l’expérience et les heures de pratique.

Un bel ombre de la Dordogne pris en rive gauche par un droitier après un lancer roulé à une quinzaine de mètres. Validation du niveau 2.

Niveau 3

L’expérience, la pratique aidant et toujours sur la rive inverse de la main directrice c’est le stade où, aidé de lancers roulés plus complexes (en plusieurs temps et avec des points d’appuis), le pratiquant sera à l’aise dans toutes situations avec en sus distance et qualité des posés.

Nombreux sont les pêcheurs à deux mains qui se stabilisent et se contentent de ce niveau déjà fort enviable.

Validation du niveau 3, avec cet ombre norvégien attrapé bien loin (c’est le running que l’on voit sur la photo). Il ne reste plus qu’à changer de rive 😉

Niveau 4

Le passage à la rive d’en face en contre-berge ou sous la végétation est un point très singulier et demande un entraînement spécifique afin de lâcher la main directrice.

Comme au golf le « practice » est ici essentiel, il faut mettre de côté la partie de pêche.

Seule une pratique assidue autorisera une prise. Mais déjà le champ d’investigation est très large.

Les eaux soutenues du printemps baignant la rive d’en face vous ouvriront assurément un autre domaine de prospection.

Rive droite pour un droitier. La maîtrise du changement de main directrice est une étape importante dans l’apprentissage du lancer.

Niveau 5

Quelle que soit la rive, gauche ou droite, c’est alors l’ensemble de la grande rivière qui vous ouvre ses possibilités de prospection avec distance et qualité de poser.

L’ultime étape : lancer à 25 mètres et poser délicat depuis la rive de la main directrice (rive droite pour un droitier).

À ce stade atteint et avec de la pratique, vous comprendrez avec surprise l’aisance et la facilité qu’offre ce maniement.

L’équilibre du matériel et des gestes optimisés n’engendrent plus de fatigue.

Majoritairement utilisée pour la dérive aval, la deux mains ici peut maintenant valablement servir pour la pratique de la nymphe en dérive inerte à longue distance dans de très nombreuses configurations.

En images, David sous la houlette de Jean-Jacques pour la validation du niveau 5

Un droitier en rive droite avec son instructeur. Retrait de la ligne en fin de dérive.

Premier roulé arrière en changement de main.

Chargement pour le second roulé en main gauche.

Shoot final , Niveau 5 acquis, bravo.

Remarques , indications

Pour un pratiquant même motivé, il y aura lieu de s’armer de patience et de travail.

Avancer une saison entière pour arriver au niveau 3 et voire deux pour le niveau 5 me semblent une hypothèse minimale raisonnable.

Certes, c’est un investissement durant lequel les prises seront parfois entre parenthèses.

Du premier stade pour trouver un ensemble de matériel adéquat, en passant par ces entraînements afin d’arriver à se faire réellement plaisir, les capacités halieutiques de chacun doivent rester en éveil.

La lecture : de l’eau, de la dérive, des postes, des niveaux … se devront de capitaliser des acquis indispensables .

Ne surtout pas oublier que la pêche, ce n’est pas « que lancer ». La lecture des postes, les dérives, les mouches etc restent essentiels

Contrairement à l’étranger, en France, à ce stade, les instructeurs / guides sérieux disposant de parfaites connaissances de la dérive aval pour nos poissons sédentaires et du niveau maximum pour ce lancer sont plus que rares, je vous conseille seul ou en groupe d’y adhérer.

Un gain de temps et d’assurance en sera un bénéfice évident. Je vous donne les coordonnées de Jean Jacques Marcel qui maîtrise parfaitement l’enseignement de ce type de lancer.

Je garde sous silence volontairement toutes les appellations étrangères des différents lancers qui peuvent paraître rébarbatives mais qui surtout déroutent les débutants.

La durée d’évaluation de ces niveaux est des plus courtes de part un pratiquant averti.

J’ose dire que le plus long est de changer de rive…….

À deux mains……, et ne pensez surtout pas que ceci est réservé aux Lords écossais ou compétiteurs avertis ……….

Une switch légère et sa récompense.

Claude RIDOIRE

Août 2021